
- Été 2014
- km
- 6 640
- pays
- 2Pérou · Bolivie
- photos
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Mon premier voyage en Amérique du Sud. Il y a d’abord eu ce petit bonheur d’historien : prononcer « Lima » en y étant, après avoir tant étudié la Cité des Rois. Puis tout s’est enchaîné, l’été 2014, entre le Pérou et la Bolivie : les réveils avant l’aube, les bus de nuit, le souffle court à 4 000 mètres et les tisanes de coca, le lac Titicaca et ses îles, et le silence immense de l’Altiplano, où les lagunes rouges et vertes gèlent sous les volcans.
Ce voyage fut aussi une plongée dans les civilisations des Andes : Tiwanaku et ses monolithes, les murs parfaits des Incas à Cusco, Ollantaytambo et le Machu Picchu sortant de la brume. Puis nous avons pris la route du nord, presque jusqu’à l’Équateur, à la rencontre de ceux qui les ont précédés — les cités d’adobe de Chan Chan et des Mochicas, la citadelle de Kuélap — avant de retrouver le Pacifique.
Lima, l’arrivée
Pérou
Première nuit dans un hôtel près de l’aéroport. Le ciel est bas, l’air humide, une quinzaine de degrés — le même climat qu’à Paris. Réveil avant l’aube : l’avion pour Arequipa n’attend pas.
En avion↗ 773 km
Arequipa, la cité blanche
Pérou
Le vol survole des déserts impressionnants avant de se poser au pied du Misti. Arequipa, bâtie dans le sillar, une pierre volcanique blanche, nous ouvre le monastère de Santa Catalina, resté clos au monde pendant quatre siècles : ruelles rouges, cloîtres bleus, géraniums aux fenêtres. Puis l’église jésuite de la Compañía, Juanita, la momie inca gelée depuis cinq cents ans, la cathédrale illuminée la nuit — et, pour finir en beauté, notre premier cuy, le cochon d’Inde rôti.
Par la route↗ 96 km
Canyon de Colca
Pérou
Réveil à 2 h 45 pour arriver à la Cruz del Cóndor au moment où les condors s’élèvent sur les courants chauds : près de trois mètres d’envergure, qui frôlent la paroi du canyon. Au-dessous, les terrasses agricoles pré-incas sculptent les pentes. La route traverse des étendues de roche nue entre 4 000 et 5 000 mètres, où seuls poussent les cactus, et où paissent lamas et alpagas — pas si faciles à distinguer.
Par la route↗ 208 km
Puno et les îles Uros
Pérou
D’Arequipa à Puno, puis le bateau vers les Uros, ces îles flottantes faites de roseaux de totora, avec leurs huttes et leurs barques à tête de puma. Le lac Titicaca étonne sans cesse par son immensité. Le soir, la route longe la rive sud dans une lumière dorée, face aux neiges de la Cordillère Royale — et nous passons la frontière bolivienne de nuit, par zéro degré.
En bateau↗ 88 km
Copacabana et l’Isla del Sol
Bolivie
Au petit matin, la brume sur le lac et la basilique blanche de Copacabana — c’est bien d’ici que la célèbre plage de Rio tient son nom. Deux heures de bateau jusqu’à l’île sacrée du Soleil, berceau mythique des Incas, que nous traversons à pied du nord au sud : ruines de la Chincana, terrasses, criques turquoise et la Cordillère Royale en toile de fond. À 4 000 mètres, le mal de l’altitude n’est pas une légende ; les tisanes et les bonbons à la coca font des miracles.
Par la route↗ 123 km
La Paz
Bolivie
Un taxi par les hauts plateaux, et La Paz surgit dans sa cuvette, comme des briques de Lego rouges jetées sur les pentes. Une ville très vivante, un peu décrépie mais pleine d’âme. Sur la place Murillo, la garde en rouge devant le palais du gouvernement, et sur le Parlement la toute nouvelle horloge « du Sud » qui tourne à l’envers ; dans les rues, des défilés militaires célèbrent le soulèvement de 1809. On y achète nos pulls en laine d’alpaga — on comprendra vite pourquoi.
Par la route↗ 606 km
Tupiza et El Sillar
Bolivie
Nuit d’anthologie dans le bus vers le sud : pas de toilettes, des pauses négociées avec le chauffeur, et la condensation qui gèle à l’intérieur des vitres. Arrivés avec deux heures et demie de retard, nous avons tout le temps de négocier notre expédition en jeep et d’admirer Tupiza au pied de ses falaises rouges, embrasées au coucher du soleil. Le lendemain à l’aube, les aiguilles d’El Sillar et des canyons dignes d’un western.
Par la route↗ 129 km
San Antonio de Lípez
Bolivie
Le Sud Lípez commence : une jeep, nos sacs sur le toit, et tous les terrains, de la rocaille au sable, du ruisseau à la glace. Les couleurs défilent, du jaune au rouge et à l’aubergine ; les lamas passent par centaines, une viscache surgit au bord de la piste. San Antonio de Lípez, village minier de l’époque coloniale, a été abandonné il y a une trentaine d’années — à cause de trop nombreux fantômes, nous dit-on. Le midi, des petites filles quechuas nous observent, fascinées par nos Pringles ; la nuit, à plus de 4 000 mètres, est glaciale.
Par la route↗ 143 km
Laguna Blanca et Laguna Verde
Bolivie
Au réveil, bien couverts dans nos pulls d’alpaga. Tout au sud, contre la frontière chilienne, le Licancabur se mire dans les eaux immobiles de la Laguna Blanca, puis domine le vert minéral de la Laguna Verde. Avec l’hiver, beaucoup de lagunes sont gelées, mais gardent leurs couleurs — blanche, verte, rouge ou noire, selon les minéraux ou les algues qu’elles abritent.
Par la route↗ 21 km
Désert de Dalí et Termas de Polques
Bolivie
Des rochers semés sur des pentes pastel, comme posés là par Dalí lui-même. Un petit renard des Andes traverse la piste ; quelques 4×4 soulèvent la poussière dans un faux air de Paris-Dakar. Pause bienvenue dans les eaux soufrées des Termas de Polques, entre 35 et 38 °C, avant de déjeuner près de la frontière chilienne.
Par la route↗ 21 km
Geysers Sol de Mañana
Bolivie
Près de 5 000 mètres d’altitude : la terre bout. Jets de vapeur, boues grises qui bouillonnent, fumerolles teintées de soufre — un paysage des origines du monde, dans l’odeur d’œuf pourri et le froid mordant.
Par la route↗ 26 km
Laguna Colorada
Bolivie
Fin d’après-midi sur la lagune rouge, frangée de borax blanc, où des centaines de flamants de James filtrent l’eau. Nous nous approchons à pied pour les regarder de plus près. Le soleil se couche vite, les ombres s’allongent sur l’Altiplano ; toujours pas de douche, mais on se supporte.
Par la route↗ 85 km
Valle de las Rocas et Laguna Negra
Bolivie
Après un col à 4 950 mètres, nous redescendons peu à peu vers le salar. En chemin, un champ de rochers géants sculptés par le vent, que l’on escalade en y cherchant des formes : un chameau, une coupe du monde, une cité perdue. Plus loin, la Laguna Negra, vraiment noire, enserrée de falaises rouges, où pataugent des foulques géantes.
Par la route↗ 136 km
Salar de Uyuni
Bolivie
Une nuit dans un hôtel de sel, après avoir grimpé une colline de cactus pour contempler l’immensité blanche. Lever à 5 heures : le soleil se lève sur les hexagones de sel, la silhouette de l’île Incahuasi et le volcan Tunupa rosi par l’aube. Puis l’île elle-même, ses cactus géants et ses arches de corail fossile, et la traversée du désert blanc sous un soleil de plomb — mais par un froid de canard.
Par la route↗ 209 km
Potosí et le Cerro Rico
Bolivie
Uyuni est bloquée par un mouvement social : routes barrées de rochers, pneus crevés. Seule solution, remonter les barrages à pied, sacs au dos, pendant douze kilomètres, avant d’attraper un minibus qui retourne à Potosí. La ville, plus haute que Lhassa, fut l’une des plus grandes du monde aux XVIe et XVIIe siècles grâce à l’argent du Cerro Rico. Dans la mine, exploitée depuis près de 450 ans, des conditions de travail dignes de Germinal ; au retour, la cathédrale rien que pour nous, et la montagne qui s’embrase au couchant.
Par la route↗ 79 km
Sucre
Bolivie
La ville blanche, capitale constitutionnelle de la Bolivie, se dévoile depuis le mirador de sa préfecture : toits de tuiles rouges, clochers chaulés, collines alentour. Journée plus calme, la plupart d’entre nous étant malades : la cathédrale et sa Vierge de Guadalupe, un parc avec une petite tour Eiffel attribuée à Eiffel lui-même, et le musée d’ethnographie et de folklore, dont les masques traditionnels sont somptueux.
Par la route↗ 455 km
Tiwanaku
Bolivie
Bus de nuit, arrivée à La Paz « à la bolivienne », et un quart d’heure pour déposer les sacs avant de filer à Tiwanaku. Pendant près de neuf siècles, bien avant les Incas qui s’en voulurent les héritiers, cette civilisation a dressé ses monolithes — certains de 7 mètres et 20 tonnes. La Porte du Soleil et sa frise de Viracocha, les têtes de pierre du temple semi-souterrain, les blocs ciselés de Pumapunku : un rêve d’historien.
Par la route↗ 96 km
La Route de la Mort
Bolivie
Départ prévu à 6 heures — donc à 6 h 40 — pour dévaler à vélo le « camino de la muerte », des neiges de La Cumbre jusqu’à la forêt des Yungas. Des paysages plus vertigineux les uns que les autres, la piste taillée dans la falaise, les cascades sur le chemin. À une demi-heure de l’arrivée, un glissement de terrain : une jeep qui avait tenté de passer a calé une roue arrière dans le précipice. Nous escaladons la terre éboulée, et finissons le parcours.
Par la route↗ 240 km
De la frontière à Cusco
Pérou
Le bus quitte La Paz en retard et atteint la frontière péruvienne quelques minutes après sa fermeture — la seule chose pour laquelle on est à l’heure en Bolivie. Nuit dans le bus face au poste, puis la longue traversée de l’Altiplano par Puno, entre collines dorées et troupeaux, pour arriver à Cusco à la nuit tombée plutôt qu’à l’aube.
Par la route↗ 333 km
Cusco et Sacsayhuamán
Pérou
Enfin, place aux monuments incas. Dans les ruelles de Cusco, les églises coloniales reposent sur des murs incas aux joints parfaits — la pierre aux douze angles, le Qorikancha devenu couvent. Au retour du Machu Picchu, nous montons à Sacsayhuamán au coucher du soleil : ses remparts en zigzag, ses blocs colossaux dorés par la lumière, puis la ville qui s’allume à l’heure bleue.
Par la route↗ 42 km
Ollantaytambo et la Vallée sacrée
Pérou
La forteresse d’Ollantaytambo, seul endroit où les Espagnols ont essuyé une vraie défaite face à Manco Inca. Il faut voir la taille des blocs taillés par les Incas, et la finesse de leur assemblage : presque pas de joints. Depuis les terrasses, la Vallée sacrée s’étire à perte de vue ; puis le train longe les gorges de l’Urubamba jusqu’à Aguas Calientes, où nous attend notre première pluie depuis l’arrivée.
En train↗ 32 km
Machu Picchu
Pérou
L’un des sommets du voyage. Réveil à 4 h 30 pour devancer la foule, puis une heure d’escaliers aux marches de 30 à 40 centimètres : le Machu Picchu se mérite. Au petit matin, la brume enveloppe encore la cité et se dissipe peu à peu autour du Huayna Picchu — quel charme ! Les lamas, friands de bananes, occupent les places ; puis l’ascension de la Montaña, 600 mètres de dénivelé en escalier, pour une vue imprenable sur la cité.
En avion↗ 512 km
Lima, en transit
Pérou
Un vol de Cusco à Lima, puis aussitôt le bus de nuit vers le nord. Fauteuils-lits « full cama », repas sur plateau, écrans individuels : un voyage digne d’une classe affaires. C’est le premier d’une série de nuits passées sur la route.
Par la route↗ 485 km
Trujillo : Chan Chan et les Huacas de Moche
Pérou
Chan Chan, capitale chimú, l’une des plus grandes cités précolombiennes des Amériques, entièrement bâtie en adobe : nous déambulons dans un palais restauré aux murs ajourés comme des filets de pêche, puis traversons à pied la cité dans un paysage de désolation digne de Dune. De l’autre côté de la ville, la Huaca del Sol n’est plus qu’un amas pyramidal, mais la Huaca de la Luna a gardé ses peintures : le dieu Ai Apaec, les guerriers, les danseurs. On ne sait plus où donner de la tête.
Par la route↗ 227 km
Chachapoyas et Kuélap
Pérou
Après un ceviche et un nouveau bus de nuit, nous voici à Chachapoyas, à plus de 2 300 mètres. Kuélap, la citadelle des Chachapoyas, couronne un piton rocheux : des murs de 20 mètres de haut, des maisons rondes ornées de frises en losanges, et, dit-on, plus de pierre que la pyramide de Khéops. Beau, très beau, avec les montagnes andines en arrière-plan. La visite le jour même nous fait gagner une journée : encore un bus de nuit, direction le nord.
Par la route↗ 431 km
Máncora
Pérou
Le Pacifique, presque à la frontière de l’Équateur. Des vagues immenses où nous allons jouer les casse-cou, des plongées écourtées à un quart d’heure par un courant trop fort, une leçon de surf emportée par le vent. Mais le soleil, les pélicans au couchant, et des bains de boue soufrée dans la forêt sèche des Hervideros.
Par la route↗ 987 km
Lima, la Cité des Rois
Pérou
Dix-sept heures de bus depuis Máncora, compteur de vitesse affiché pour surveiller le chauffeur. Lima nous accueille dans sa brume d’hiver, la garúa, qui lui donne une atmosphère mélancolique. Mais l’ancienne capitale d’un empire richissime, c’est surtout une profusion d’églises, de balcons de bois sculptés et de palais, et le palais du gouvernement illuminé à l’heure bleue.
Par la route↗ 27 km
Pachacamac
Pérou
Au sud de la ville, face au Pacifique, le sanctuaire de Pachacamac, fréquenté par toutes les civilisations pendant des siècles et grand oracle des Andes. Le site est immense, même si beaucoup d’édifices ont fondu comme à Chan Chan — l’adobe ne résiste pas à la pluie. Restent les pyramides à rampe, le temple du Soleil et l’Acllahuasi aux niches trapézoïdales, avec les îles au large.
Par la route↗ 28 km
Lima : Museo Larco et San Francisco
Pérou
Une traversée de Lima en combi, ces minibus qui foncent dans les rues en criant leur destination, jusqu’au Museo Larco : une mine d’or de céramiques de tout le Pérou à travers les âges, et des parures chimú et mochica éblouissantes. Le soir, des anticuchos de cœur de bœuf dans la meilleure adresse de la ville. Pour finir, le couvent de San Francisco, sa bibliothèque, ses azulejos et ses catacombes où des milliers d’ossements dessinent des cercles parfaits.
Arrivée
Fin du voyage
Été 2014 · 6 640 km · 29 étapes
Galeries des pays traversés


























































































































































